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Prévention du mal des montagnes : ce que chaque randonneur doit savoir

Le mal aigu des montagnes (MAM) n'est pas une fragilité de caractère — c'est une réponse physiologique normale du corps humain à la diminution de la pression d'oxygène en altitude. Il peut toucher n'importe qui, du débutant au marathonien de 25 ans. La compréhension de ses mécanismes et l'application des règles de prévention permettent de randonner et de pratiquer l'alpinisme dans les zones de haute altitude en limitant les risques.

Comprendre l'altitude : où le MAM commence-t-il ?

Les symptômes du MAM apparaissent rarement en dessous de 2 500 m d'altitude. La plupart des refuges des Alpes (SAC, CAF, ÖAV) sont situés entre 2 000 et 3 300 m — une zone où les symptômes légers sont possibles mais les formes graves rares. C'est au-delà de 3 500 m que la vigilance devient impérative, et au-dessus de 5 000 m que le corps humain commence à se détériorer irréversiblement sans acclimatation adéquate.

Les réfuges de la Cabane des Vignettes (3 157 m), de la Capanna Margherita (4 554 m) ou du camp de base de l'Everest (5 364 m) représentent des niveaux d'altitude progressivement plus exigeants pour l'organisme.

Le score Lake Louise

Le score Lake Louise est l'outil de diagnostic du MAM le plus utilisé en médecine d'altitude. Il évalue cinq symptômes sur une échelle de 0 à 3 chacun : maux de tête (obligatoires pour le diagnostic), nausées ou vomissements, fatigue, vertiges, et difficultés à dormir. Un score total de 3 ou plus en présence de maux de tête définit le MAM.

Ce score est utilisé par les gardiens de refuge de haute altitude (Hörnlihütte, Capanna Margherita) pour évaluer les randonneurs à risque. En cas de score de 6 ou plus, la redescente immédiate est la seule mesure curative fiable.

La règle d'altitude de sommeil

La règle fondamentale de la prévention du MAM : « montez haut, dormez bas ». L'altitude à laquelle vous dormez est beaucoup plus importante que l'altitude maximale atteinte dans la journée. Une randonnée en altitude (col à 3 500 m) avec nuit à 2 000 m est physiologiquement moins stressante qu'une nuit directe à 3 000 m sans acclimatation préalable.

La règle quantitative recommandée par la Wilderness Medical Society : au-dessus de 3 000 m, ne pas augmenter l'altitude de sommeil de plus de 300 à 500 m par nuit, avec une journée de repos supplémentaire tous les 1 000 m de gain. Sur le trek EBC (Everest Base Camp), les guides expérimentés planifient systématiquement des jours de repos à Namche Bazaar (3 440 m) et Dingboche (4 410 m).

Le débat Diamox

L'acétazolamide (Diamox) est un diurétique qui accélère le processus d'acclimatation en stimulant la ventilation. Il est utilisé préventivement (125 à 250 mg deux fois par jour, commencé 24h avant la montée) ou curativement pour les symptômes légers du MAM. Son efficacité est bien documentée ; ses effets secondaires (paresthésies des extrémités, augmentation de la diurèse, goût métallique) sont gênants mais bénins.

Le débat sur le Diamox dans la communauté alpiniste porte sur la notion de « tricher » avec l'acclimatation naturelle. Certains guides himalayens le déconseillent, arguant que les symptômes masqués peuvent donner une fausse confiance. D'autres — dont la majorité des médecins spécialisés en altitude — recommandent son utilisation systématique au-dessus de 3 500 m pour les ascensions rapides. Dans tous les cas, le Diamox ne remplace pas une acclimatation progressive.

La règle de redescente

Si un des trois symptômes suivants apparaît, la redescente immédiate est obligatoire et ne peut être différée : ataxie (perte de coordination, test : marcher sur une ligne droite, impossible en cas d'atteinte cérébrale), confusion ou altération de la conscience, dyspnée de repos (essoufflement au repos). Ces trois symptômes signalent un œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) ou un œdème cérébral de haute altitude (OCHA) — deux urgences médicales mortelles en l'absence de traitement.

La règle est simple : si les symptômes apparaissent, on redescend immédiatement, de nuit s'il le faut, en laissant le matériel sur place. Une descente de 500 à 1 000 m suffit souvent à entraîner une amélioration spectaculaire.

Ce que proposent les gardiens de refuge

Dans les refuges de haute altitude bien gérés (Capanna Margherita, camp de base EBC, Hörnlihütte), les gardiens maintiennent une oxymétrie de pouls disponible pour les résidents. Un oxymètre de pouls (SpO2) à moins de 80 % au repos à 3 000 m ou moins de 70 % à 4 500 m est un signal d'alarme. Les gardiens de certains refuges himalayens refusent l'accès aux étapes supérieures aux randonneurs dont l'oxymétrie est trop basse — une politique controversée mais potentiellement vitale.

Randonneurs des Alpes et altitude

Pour la majorité des refuges des Alpes suisses, françaises et autrichiennes (2 000-3 300 m), le MAM grave est rare mais pas inexistant. Les personnes arrivant rapidement de basse altitude (vol depuis une ville côtière, direct en téléphérique vers 3 000 m) sont les plus exposées. Prévoir au moins une nuit à une altitude intermédiaire (1 500-2 000 m) avant d'atteindre les refuges de haute montagne est la prévention la plus efficace et la moins contraignante.

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Les refuges de haute altitude mentionnés dans cet article sont répertoriés sur la carte interactive.

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