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Acclimatation en altitude : comprendre et prévenir le mal des montagnes

La pression atmosphérique diminue avec l'altitude, et avec elle la quantité d'oxygène disponible à chaque inspiration. Le corps humain peut s'adapter, mais pas instantanément. Cette adaptation — l'acclimatation — prend du temps, et la comprendre est aussi importante que choisir les bons crampons ou réserver sa place en refuge.

Ce qui se passe dans le corps

Au-dessus de 2 500 mètres, la pression partielle d'oxygène est suffisamment réduite pour que certaines personnes commencent à ressentir des effets. Le corps répond en augmentant la fréquence respiratoire, en accélérant la production de globules rouges et en modifiant la chimie du sang. Ces adaptations prennent deux à cinq jours pour les premières étapes, plus pour les hautes altitudes. Le problème survient quand on monte plus vite que le corps ne peut s'adapter.

Le score de Lake Louise

L'outil de référence pour évaluer le mal aigu des montagnes (MAM) est le score de Lake Louise, adopté par la communauté médicale internationale. Il attribue des points à cinq symptômes : maux de tête (0-3), troubles gastro-intestinaux (0-3), fatigue ou faiblesse (0-3), vertiges (0-3), et qualité du sommeil (0-3). Un score de trois points ou plus avec maux de tête présents signale un MAM probable. Un score de cinq points ou plus indique un MAM modéré à sévère nécessitant une action immédiate.

Ce score n'est pas un test médical — c'est un outil d'auto-évaluation que tout randonneur peut utiliser le matin après une nuit en refuge pour décider s'il continue ou redescend.

La règle : monter haut, dormir bas

Le principe fondamental de l'acclimatation est simple : on peut monter en altitude dans la journée, mais on revient dormir à une altitude inférieure. En pratique sur une traversée en refuges, cela signifie parfois ne pas enchaîner deux nuits consécutives à des altitudes croissantes sans palier de repos. Le refuge de la Cabane des Vignettes (3 157 m) dans le massif des Écrins ou la Konkordiahütte (2 850 m) dans les Alpes bernoises sont des étapes hautes que beaucoup de randonneurs atteignent après avoir dormi un ou deux jours à 2 000-2 500 mètres.

Enchaînement recommandé : 2 500 → 3 000 → 3 500 m

Pour une approche d'itinéraire en refuges alpins sur plusieurs jours, l'enchaînement suivant réduit significativement le risque de MAM. Première nuit entre 2 000 et 2 500 mètres — c'est le cas de nombreux refuges bas de massif. Deuxième nuit entre 2 800 et 3 100 mètres. Troisième nuit à 3 500 mètres si l'itinéraire le requiert. Ne pas dépasser 300 à 500 mètres de gain d'altitude en dortoir par nuit au-dessus de 2 500 mètres est la règle empirique la plus largement utilisée.

Les personnes venant d'une altitude de vie inférieure à 500 mètres — la quasi-totalité des randonneurs européens de plaine — devraient idéalement passer une première nuit à 1 500-2 000 mètres avant d'attaquer les refuges d'altitude. Un hôtel en vallée ou un refuge intermédiaire remplit ce rôle.

Le débat sur le Diamox

L'acétazolamide (Diamox) est un médicament prescrit par certains médecins en prévention ou traitement du MAM. Il agit en accélérant la respiration, ce qui augmente l'oxygénation. Son usage est courant en trekking himalayien ; dans les Alpes, il est moins systématique car les altitudes atteintes restent généralement en dessous de 4 000 mètres, seuil au-delà duquel le MAM sévère devient plus fréquent.

Le Diamox n'est pas sans effets secondaires (fourmillements des extrémités, diurèse accrue, goût métallique) et ne remplace pas une montée progressive. Consultez un médecin avant de l'envisager, particulièrement si vous avez une allergie aux sulfamides. Dans les Alpes, pour la plupart des itinéraires en refuges standards, une progression sensée est plus efficace et sans effet secondaire.

Signes d'alerte : MAM, OCHA, OPHA

Le mal aigu des montagnes (MAM) est le premier niveau. Ses symptômes — maux de tête, nausées, fatigue inhabituelle, insomnie — apparaissent généralement dans les six à douze heures suivant l'arrivée à une nouvelle altitude. Le traitement est simple : ne pas monter plus haut, se reposer, s'hydrater, et descendre si les symptômes s'aggravent.

L'oedème cérébral de haute altitude (OCHA) est rare mais grave. Il se manifeste par une ataxie (difficulté à marcher en ligne droite), une confusion, une somnolence excessive et des maux de tête résistants aux antalgiques. C'est une urgence médicale : la descente immédiate est le seul traitement efficace.

L'oedème pulmonaire de haute altitude (OPHA) se reconnaît à une dyspnée au repos, une toux sèche qui devient productive, parfois des crachats rosés, et une fréquence cardiaque très élevée. Comme l'OCHA, c'est une urgence qui exige une descente immédiate, parfois sous oxygène ou dans une chambre hyperbare portative (sac Gamow).

Descendre : la décision difficile

La principale cause de décès par MAM est le retard à descendre. Les randonneurs minimisent leurs symptômes, ne veulent pas interrompre leur traversée, ou attendent que ça passe. Dans les Alpes, où les refuges sont souvent accessibles en quelques heures de marche depuis une vallée, la descente n'implique pas de perdre une expédition entière — elle implique de perdre une journée. Redescendre avec un MAM modéré, passer une nuit en vallée et remonter le lendemain si les symptômes ont disparu est une stratégie parfaitement raisonnable et souvent la plus sage.

Les gardiens de refuge connaissent bien le MAM et peuvent vous orienter. N'hésitez pas à leur signaler des symptômes — ils ont souvent vu des situations identiques et savent évaluer la gravité.

Préparation avant la montée

L'acclimatation commence avant le départ. Une bonne condition physique ne protège pas du MAM — des alpinistes en excellente forme sont autant concernés que des débutants — mais elle réduit l'effort cardiovasculaire à haute altitude, ce qui atténue la fatigue globale. Évitez l'alcool les premiers jours en altitude : il perturbe le sommeil et masque les symptômes. Dormez suffisamment. Hydratez-vous activement — l'air d'altitude est sec et les pertes hydriques par la respiration sont importantes.

Consultez la carte interactive pour visualiser les dénivelés entre refuges et construire un enchaînement progressif adapté à votre itinéraire.